Mark's Dream

2009


Mark's Dream - photogramme


Montage vidéo de 10 mn 16.






Mark’s dream constitue le premier des trois montages de l’ensemble Three dreams dans la série Les Larmes de Lora. Consacrés chacun à un film interprété par Gene Tierney, ils constituent autant de propositions autour du thème du sommeil en travaillant à des apparitions qui invitent les spectateurs à revisiter ces œuvres à travers le filtre du rêve.

Réalisé à partir de plusieurs séquences de Laura, Mark’s dream propose, comme Rain/Pain et Split une variation autour de La Femme qui pleure de Pablo Picasso. La composition du portrait est notamment évoquée au sein du montage au cours d’un fondu enchaîné directement extrait de l’œuvre d’Otto Preminger associant au visage de Gene Tierney celui de Clifton Webb qui interprète dans le film le rôle de Waldo Lydecker, le puissant mentor de Laura. Combinant un visage de profil à un autre de face, l’enchaînement des plans joue sur un effet de redéploiement comparable à celui mis en œuvre dans le portrait peint qui sert de prétexte, en raison de la nature des éléments qu’il enchevêtre, à aborder la complexité de la figure du tableau, le lien qui unit son modèle à son exécutant, voire à souligner le caractère subjectif de la dualité de Dora Maar dans nombre de ses représentations par Pablo Picasso.

Le montage se déploie autour d’un moment charnière du film où le personnage de Laura surgit dans le cadre de la fiction alors qu’il était présumé mort, jusque-là, par l’ensemble des protagonistes. Intervenant après que le Lieutenant Mark McPherson (Dana Andrews) s’est assoupi dans un fauteuil, l’apparition acquiert une dimension onirique susceptible de conditionner la perception du reste de l’œuvre – pouvant être interprétée comme ayant été entièrement rêvée par le détective, à l’instar du récit de The Woman in the Window de Fritz Lang. Le montage joue à de nombreux niveaux autour de cette hypothèse en reconduisant, à travers différentes formulations, le processus d’incarnation de Laura.

Il est naturellement question dans Mark’s dream du processus de création de la toile de Picasso. L’association répétitive du visage de Gene Tierney au portrait peint de Laura introduit en effet à différents niveaux des problématiques liées au processus de réalisation de l’œuvre picturale et marque la propension du portrait à s’incarner, voire à vampiriser son modèle.

L’œuvre constitue surtout, comme les différents montages de l’ensemble Three Dreams, un prétexte à s’attarder sur le visage de Gene Tierney. Sublimé par le ralenti qui tend à en redéfinir la présence, à en déplacer l’intensité et introduire une part de nostalgie au sein de l’évocation, il est présenté comme une entité malléable qu’activent des travellings optiques de la caméra, déployé normalement ou à rebours. Irréel, le visage apparaît comme une surface fragile, à la paroi aussi ténue que la fumée qu’exhale l’actrice dans le plan. Il en acquiert une dimension fantasmatique qui reflète les souvenirs que sont susceptibles de garder de Gene Tierney le spectateur – incarné dans le montage par le détective endormi. Cette légère ivresse de Mark répercute à sa manière celle du public de Laura, les sensations engendrées par la présence de l’actrice au cours et à l’issue de la projection.

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