On the Tip of the Tongue

2015

Les différentes œuvres de la série On the Tip of the Tongue – Some of my favorite Songs redéfinissent et cristallisent un moment de mise en place ou d’interruption d’un numéro chanté, presque entièrement occulté par le montage (à l’exception parfois des premières notes entonnées), mais qui ne constitue pas moins un morceau d’anthologie de l’histoire du cinéma. Elles participent en ce sens doublement de l’idée de la présence éventuelle dans l’esprit du spectateur de points d’accroche et de relais capables de convoquer instantanément, par le biais des images présentées, les airs du répertoire auxquels les extraits sont associés malgré l’effet d’écartement dont ils font l’objet, et des éventuelles difficultés à les restituer, que ce soit d’une façon immédiate ou dans leur intégralité.

Les mouvements de va-et-vient dans la matière des séquences qui structurent chacun des montages tendent à matérialiser une forme de réussite ou d’échec dans cette entreprise. Ils contribuent en ce sens à illustrer les facultés de la mémoire à rebondir sur des images pleinement identifiées et à en convoquer le cadre narratif, ou au contraire, malgré l’effet de reconnaissance dont elles pourraient faire l’objet, à se gripper inexplicablement et opposer une forme de résistance. Les différentes propositions rendent ainsi compte de la propension de nos souvenirs, voire de nos connaissances sur les œuvres retravaillées, à affleurer dans un contexte de perception particulier pour en orienter l’approche et y interférer ou au contraire à faire barrage à notre vision par la seule difficulté de les retrouver.

Il est question dans l’ensemble des chansons évoquées, de passage, de processus de répétition ou de fluidité du Temps. La structure tout en aller-retour des montages entre indirectement en dialogue avec ces contenus pour en proposer des formes d’application ou de mise en échec où la logique d’enchaînement des actions, voire la fonction des gestes qui les structurent se trouve brouillée par des jeux de reprise ou de dilution.

Le Temps se déploie et se replie en strates superposées, dans un mouvement de fermeture aux effets d’engluement. Il se fige malgré le rythme soutenu et parfois papillonnant des plans, marquant l’intensité d’un moment de préparation ou d’attente, l’imminence d’un échange ou d’une rencontre ou contribuant, à l’instar de nos souvenirs, d’en souligner après coup l’effet sidérant.

A ces différentes propositions, la série articule des micro-montages où les différentes chansons occultées apparaissent exposées de manière parcellaire par le bais de quelques phrases inlassablement répétées. Le processus d‘énonciation des paroles y apparaît toutefois pareillement bloqué, comme si la mémoire défaillait encore et peinait à enchaîner sur les quelques mots prononcés.

Cette impossibilité de reprendre ces chansons emblématiques du répertoire cinématographique que tendent à formaliser le différents montages introduit indirectement la question du copyright inhérente à la pratique du found footage. Elle marque non sans une forme d’ironie le caractère absurde que peut revêtir le refus d’autorisation légale de reproduction et d’appropriation de ces éléments de notre mémoire collective (devenus de plus en plus sensible à travers l‘élimination de certains téléchargements ou extraits vidéo sur internet), illustre à sa manière la forme de censure qu’il induit et rend compte de la façon dont il peut faire opposition au processus d’apprentissage, de savoir et de création artistique.

Water bucket
(2015)

Blink
(2015)

Hey!
(2015)

Alcools
(2015)

Bloom and Grow
(2015)

On ne choisit pas son public
(2015)

Coda
(2015)

Under the Bridge
(2015)

Don’t Sit on Table
(2015)

Copyright © 2016 Laurent Fiévet