They Shoot Horses, Don't They?

2010-2011



Les montages de They Shoot Horses, Don’t They? abordent le genre cinématographique de la comédie musicale et plus largement les codes de représentation de la danse au cinéma. Succédant à ceux de la série Les Larmes de Lora, ils s’inscrivent en nette rupture avec eux à travers les choix esthétiques qui les caractérisent (mouvements d’accélération au détriment des jeux de ralenti, montage cut remplaçant fondus enchaînés et effets de surimpression, préférence accordée à la couleur sur le noir-et-blanc).

En dispensant une certaine bonne humeur, la série met également en place un changement de ton notable par rapport aux œuvres précédentes. Relégué comme élément dynamique au cœur de la représentation, le corps de l’acteur engage par sa frontalité un rapport direct de confrontation avec le spectateur pour mieux l’inviter à participer à sa performance et lui faire partager le plaisir qui en émane.

Le jeu de miroir que l’œuvre est susceptible d’instaurer avec son public pourra rappeler les pratiques plus récentes des consoles de jeu ou du karaoke. Mais on pourra également y voir, conformément à l’éclairage qu’apporte le titre de la série, directement emprunté à un film de Sidney Pollak (On achève bien les chevaux), une sorte de memento mori ambigu invitant le visiteur à profiter de la vie ou la préserver.

Si les œuvres semblent, au premier abord, proposer des recherches d’ordre rythmique, revisiter visuellement la technique musicale du sampling, elles se lestent d’ailleurs d’une forte charge critique qui pointe certains dysfonctionnements de nos sociétés contemporaines. Ce point de vue transparaît en partie dans les titres des œuvres qui, en suivant la même logique que celui de la série, déplacent la perception des séquences d’origine ou en renforcent certains aspects. Privée, grâce au processus d’extraction, du cadre narratif où elle était insérée, totalement restructurée par le montage et les changements de rythmes qui y sont agencés, re-contextualisée, enfin, par le seul choix de la réactiver dans un cadre plus contemporain ou celui d’une installation, la danse acquiert, au-delà d’une force expressive nouvelle, une dimension métaphorique qui est exploitée largement au sein de ces dénonciations. C’est en ce sens que tout en communiquant un climat d’insouciance et de bonne humeur, chacun des montages apparaît à la fois engagé et foncièrement ambivalent.

Mettant aussi bien en avant des sujets féminins que masculins, des scènes de solo ou de duo, voire de groupe, la série comporte actuellement cinq montages qui peuvent être regroupés sous la forme d’une installation (Flying Stallions Circus).

Wool Stockings
(2011)

Flying Stallions Circus
(2010)

Keep Dancin'
(2010)

Sunday Night
(2010)

Rideau ! - photogramme

Rideau !
(2010)

On the Brink - photogramme

On the Brink
(2010)

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