Plaster Cocoon

2015




Installation vidéo pour téléviseur et thermomètre
Montage vidéo, 6 mn 49, couleur, sonore.

La Joconde est devenue au fil du temps l’une des cibles privilégiées des artistes contestataires. En associant, par jeux de surimpression, le tableau de Léonard aux premiers plans de Rear Window d’Alfred Hitchcock, Plaster Cocoon s’inscrit clairement dans cette tradition iconoclaste, en évoquant notamment le dérivé duchampien L.H.O.O.Q. par la présence de motifs associés comme un thermomètre affichant un haut degré de température, un rasoir vrombissant marquant la pousse préalable d’une moustache ou encore les mouvements de postérieur de Miss Torso, la voisine observée à son insu par Jeff (James Stewart), pendant ses exercices d’assouplissement. Dans les superpositions générées par le montage, la figure léonardesque se voit affublée de différentes mimiques et accessoires qui, tout en la rendant plus accessible et en la plongeant dans un environnement plus contemporain, en éprouvent la prestance et la rigidité institutionnelles, les modèles de féminité et de perfection formelle qu’elle représente et les différentes dimensions symboliques qui lui sont traditionnellement associées. La référence est introduite à l’image pour mieux, par grand classique hitchcockien interposé, interroger la possibilité d’oser se mesurer à elle, de se risquer plus simplement à l’acte de création.

A travers Marcel Duchamp, c’est également la question du ready-made qui est posée et dans son prolongement, tout processus de réappropriation inhérent à la démarche du found footage sur laquelle se fonde l’ensemble du travail artistique de Laurent Fiévet. Si les liens tissés entre Hitchcock et Léonard rappellent que l’acte créatif ne saurait s’affranchir totalement d’un processus d’inspiration et de référence, la reprise quasi à l’identique du début de Rear Window malgré les processus de retournement de l’image en format portrait, de réduction et de recadrage que l’œuvre vidéo met en place, permet d’apprécier la pertinence d’un acte de détournement. La démarche n’est pas sans évoquer, il y a près d’un siècle déjà, le vol au Louvre du tableau de Léonard dont on sait qu’il en coûtât une incarcération à Guillaume Apollinaire. Les vers du poète résonnent d’ailleurs étrangement par rapport à ce qui se joue au sein du montage – ‘J’écoute les bruits de la ville/ Et prisonnier sans horizon/Je ne vois qu’un ciel hostile. Et les murs de ma prison’ (A la santé, 1911).

De façon plus large, Plaster Cocoon impose à chacun des registres iconiques en présence une grille de lecture particulière qui permet au regard d’apprécier sa capacité à se laisser guider par elle, à revisiter par son intermédiaire des images connues de la plupart des spectateurs par un prisme inédit de perception. En ce sens, il rejoint les expériences nombreuses de dé- et re-contextualisation des précédentes séries.

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