Hollywood - Chlorophylle

2015




Installation vidéo pour téléviseur et paquet de chewing-gums
Boucle vidéo, 2m 42, couleur, sonore.

La marque de chewing-gums Hollywood a été créée en France en 1952 par l’Américain Courtland E. Parfet qui aurait participé en 1944 au débarquement en Normandie. La même année, Stanley Donen et Gene Kelly réalisent dans les studios de la MGM l’une de œuvres les plus mythiques de l’Histoire du cinéma, Singin’ in the Rain dont le scénario fait retour sur les début chaotiques du parlant dans le Hollywood de la fin des années vingt. L’installation tire prétexte de cette correspondance historique pour remastiquer et réarticuler l’une des séquences du film extraite du numéro Broadway Melody Ballet présentant en duo Gene Kelly et Cyd Charisse. La danseuse y évolue avec une traîne blanche gigantesque (dont l’apparence peut rappeler par moments la forme d’une tablette de chewing-gum) qu’un souffle d’air aspire dans la partie supérieure du décor tandis qu’elle évolue avec son partenaire sur scène.

Tout en faisant lien avec Keep Dancin (2010), qui remaniait d’autres images de la comédie musicale, Hollywood s’inscrit clairement dans le prolongement de Wool Stockings (2011), une autre oeuvre de la série They Shoot Horses, Don’t They? Au-delà de la présence commune de Cyd Charisse, le montage de l’installation suit le même principe d’une lecture du fragment filmique à rebours sur le déploiement normal de la partition musicale de Nacio Herb Brown pour introduire une forme de suspension des corps dans l’espace et d’étrangeté dans leur chorégraphie. A la différence de celui-ci, il adopte cependant une construction cyclique qui permet de faire retour sur le début de la séquence au moments symbolique où la comédienne lance, pour la faire virevolter en l’air, une pièce d’un silver dollar de sa main droite – dans un hommage cinéphilique à Scarface d’Howard Hawks (1932) exposant à la fois au spectateur que son cœur n’est plus à prendre et qu’elle entend assurer dans son existence un certain confort matériel qui la rend pour le malheureux qui la convoite inaccessible. Le mouvement rotatif de l’objet et son retour dans la main du personnage apparaissent non seulement comme l’indice métonymique de cette construction en boucle mais également, comme si le choix des prétendants de la belle se tirait à pile ou face, comme l’expression de la possibilité de rejouer l’échange amoureux avec Gene Kelly que la forme du montage prend plaisir à réitérer indéfiniment.

La série rassemble cinq montages marqués chacun par une dominante chromatique qui réinvente la palette sucrée imaginée pour les décorateurs du film. Chacune d’entre elle est déterminée par les couleurs associées à la gamme de parfums de la marque de chewing-gums. Evoquant la pratique des virages utilisés au début de l’Histoire du cinéma, période à laquelle se réfère précisément le film de Stanley Donen et Gene Kelly, ces couleurs associent à la séquence autant d’ambiances différenciées conformément à l’usage qui en était fait à l’époque. Elles fournissent en ce sens plusieurs grilles de lecture qui contribuent à revisiter, de différentes manières, le fragment filmique d’origine, à en interroger le contenu, en accentuer ou en minimiser certains effets, voire à introduire d’autres registres de références liés directement à ces couleurs.

Un paquet de chewing-gums a été posé près du téléviseur sur lequel est montré l’extrait filmique remanié. Il induit, sans pour autant l’imposer, la possibilité d’une intervention gustative de dimension participative. Suggérant un rapport possible entre le regard du spectateur et ce qui se joue au niveau des altérations mises en oeuvre dans le montage – engageant au sein de la séquence originelle des effets de déformations figuratives, évoquant ce qui pourrait résulter d’une mastication du support – il se fait l’expression d’une forme d’appropriation mémorielle imparfaite du film dans sa capacité à en restituer fidèlement les éléments ou dans leur affectation par une forme de subjectivité analytique, voire fantasmatique, contribuant à les reformuler et les redéployer à l’envi.

Il est clairement question dans cette proposition d’une fascination de la France pour l’Amérique mais également de ce qui se joue dans le désir amoureux et les projections qu’il entraîne – registre faisant directement écho aux recherches formelles de la série States of Grace (2015). Tout en abordant sur un plan référentiel les champs de la sculpture et de la peinture, l’œuvre travaille à un registre de sensations gustatives qui peut l’assimiler à une étude sur le baiser.

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