Dé X construction

2003


Helsinki, Kiasma Nykytaiteen museo




Installation vidéo interactive pour cinq vidéoprojecteurs, une caméra vidéo et un téléviseur avec plusieurs miroirs, objets et supports visuels.
5 boucles vidéo d’une durée variant de 21 à 35 secondes.






Des plans de Psycho (Psychose, 1960) montrant Marion Crane prendre sa douche quelques instants avant qu’elle se fasse agresser au Bates motel sont projetés sur une série de parois perforées. En se rapprochant des parois et en regardant à travers ses ouvertures, le visiteur peut apercevoir les reproductions de plusieurs tableaux de Francis Bacon (Tête I, II et VI) qui ont inspiré les plans. Une caméra infrarouge filme une partie de l’espace consacré à l’installation. Les images qu’elle capte peuvent être regardées sur un moniteur placé derrière l’une des parois.

Pour voir les compositions de Francis Bacon, le visiteur doit coller son visage contre les murs de la salle. Cette attitude suppose une interposition de son buste entre le projecteur et la surface de projection qui a pour effet de déformer ou de détruire l’image du corps de Marion. Le regard en acquiert une part de violence que souligne le basculement d’un registre d’image à un autre : à la volupté de la toilette, traitée chez Hitchcock en plans lisses et lumineux, se substituent chez Bacon des visions d’entités difformes, décharnées et inquiétantes qui annoncent l’agression dont sera victime le personnage dans Psycho.

Pour participer au dispositif, le visiteur doit se risquer à plonger au cœur des scènes projetées. Il doit faire corps avec le buste dénudé de Marion et pénétrer dans l’Image pour accéder à ses stratifications cachées. Les têtes décharnées que révèlent les trous dans les parois confirment l’accès à cette intimité que vient forcer le regard. Elles soulignent comment la pulsion scopique dégénère en un passage à l’acte aux résonances à la fois sexuelles et criminelles.

En référence au scénario de Psycho, l’installation induit une identification du visiteur au personnage de Norman Bates, l’assassin de Marion. Celui-ci est d’ailleurs présenté dans le film dans une attitude comparable à celle que le dispositif impose au visiteur. Peu de temps avant que Marion prenne sa douche, le gérant du motel est montré en train de déplacer un tableau pour découvrir un trou percé dans une cloison à travers lequel il observera la jeune femme à son insu. Le dispositif voyeuriste a été dans Dé X construction inversé puisque c’est l’image filmique qui est cette fois-ci traversée pour accéder à l’image picturale, inversion qui fait sens au regard du processus analytique préconisé chez le visiteur.

Dans un effet symétrique, l’éloignement du voyeur de la paroi entraîne une reconstruction des images hitchcockiennes qui permet à la scène originelle de recouvrer son entière dimension. En toute impunité, le regard se détourne dans un effet qui réfute toute idée d’immixtion. L’acte se nie dans la restitution du corps. Reconduite, la toilette en gomme les traces avant que, pris au jeu, le visiteur n’expérimente une autre ouverture. Seule la série de perforations dans les parois proposent l’indice d’un passage.

Le dispositif ne constitue pas moins un risque pour celui qui y expose son regard. C’est dans une bouche ouverte que le visiteur doit placer sa tête dans un espace plus reculé de la salle d’exposition. A travers cette évocation, l’expérience induit un effet castrateur qui retourne la violence de l’acte contre l’agresseur. La décapitation qu’elle suppose entraîne une identification aux Têtes de Bacon qui place directement le voyeur en victime conformément à la logique d’enchaînement des registres d’images que l’installation met en place. L’utilisation de la caméra et du moniteur induit le même type d’effet. Ils invitent le regard à se retourner vers la salle en direction du voyeur, en position parfois équivoque. Celui-ci devient objet de la pulsion scopique d’un autre qui peut l’observer à son insu. Le regard dévie et se déplace au même titre qu’il le fait dans sa perception des œuvres.

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