Little Sheep

2009


Marseille, Où - Lieu d’exposition pour l’art actuel


Une boucle vidéo de 10 mn 24.






Little Sheep est constitué de quinze courts montages vidéo réalisés à partir des derniers plans des films de Joseph L. Mankiewicz et d’Otto Preminger travaillés dans Les Larmes de Lora. En s’attardant sur les fins des œuvres là où le montage de Little Foxes en exploitait les débuts, il en constitue une sorte de pendant qui referme logiquement le parcours des visiteurs au sein de l’exposition.

Le mode d’élaboration des montages est toutefois très différent de celui de Little Foxes. Il a consisté principalement à permuter les images et les bandes sonores des dernières minutes des cinq films rassemblés pour tenter des les faire coïncider entre elles et de créer ainsi des fins nouvelles. Ce procédé donne à l’ensemble l’aspect d’un exercice de style, lui confère une forme très académique et ordonnée contrairement à celle de Little Foxes qui fonctionne par des effets beaucoup plus confus d’enchevêtrement et d’empilement des matériaux filmiques.

Le titre adopté pour le montage souligne la simplicité du processus. A l’opposé des renards de Little Foxes qui courent dans tous les sens, les moutons de Little Sheep avancent en troupeau. Se succédant les uns les autres, les quinze montages suivent les mêmes sentiers et ne s’écartent jamais de la route qui leur est indiquée. Le caractère inextricable de leur trajectoire que soulignent l’usage systématisé des fondus au noir et le recours au point d’orgue musical dans chacune des quinze propositions rappelle la légende des moutons de Panurge s’élançant du haut de leur falaise. On pourra penser également aux moutons comptabilisés par le dormeur pour rechercher le sommeil, comme si la monotonie créée par les effets de répétition visuels et sonores incitait le spectateur à décrocher du propos général de la série, l’aidait à rompre avec le cadre de l’exposition.

Ce programme itératif contribue à souligner l’emprise des codes hollywoodiens en vigueur à l’époque de la réalisation des films. C’est en effet parce que les différentes conclusions des œuvres développent entre elles des similitudes évidentes que le processus de permutation est rendu possible dans le cadre du montage. Le caractère réduit des matériaux brassés impose l’idée d’une série de variations infimes et renforce l’impression de répétition que ces analogies contribuent déjà à créer. La permutation régulière des cartons de fin des cinq films accentue l’idée que le spectateur à affaire à des propositions paradigmatiques où chaque élément semble pouvoir aisément être remplacé par un autre sans changer pour autant la direction générale des œuvres.

Le spectateur pourra tenter toutefois de retrouver parmi les propositions successives les fins réelles des différents films rassemblés, pourtant systématiquement remaniées dans le but de créer un effet de distanciation et de doute dans son esprit. Incité indirectement à faire un tri entre les montages et opérer mentalement ses propres combinaisons pour retrouver la réalité des œuvres manipulées, il est amené à distinguer, pour reprendre l’expression anglaise, les chèvres des moutons (divide the sheep from the goats).

Dans les montages, certains plans des films utilisés ont été également inversés. Lisibles de droite à gauche, les inscriptions de la mention The End et des titres sur les cartons de fin rendent explicites les jeux de remaniement opérés. Comme dans Xy3 – Nu à la vitrine, le spectateur a visiblement pris place derrière la vitrine où se trouvait, dans Little Foxes, le portrait de Laura ; il a traversé le miroir pour basculer dans l’univers des films et engager avec eux une série de connivences.



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