Pardon me, boy (track 29)

2011


Pardon me, boy (photogramme)


Montage vidéo de 4 mn 15.

Proposition libre autour du Chattanooga Tchoo Tchoo de Glenn Miller, le morceau-phare de Sun Valley Serenade dont sont extraites les images du ballet utilisées dans l’ensemble de la série Ice, Pardon me, boy se recentre visuellement autour d’une pirouette réalisée par Sonja Henie.

Etiré, restructuré, faisant l’objet de ralentis et d’effets d’accélération, le mouvement de la patineuse, qui est présenté dans le montage dans un jeu d’alternance entre la figure exécutée et sa réflexion sur la glace, acquiert, à force de redéploiement, une dimension quasi-abstraite qui donne toute sa primeur à la musique. Si ce processus contribue à souligner le succès phénoménal de la chanson sur lequel il repose, dont l’enregistrement, après avoir été vendu à 1,2 million d’exemplaires, reçut le premier disque d’or de l’histoire et à rappeler la manière dont il finit par supplanter le film dans les mémoires collectives, il travaille surtout à l’idée d’un épuisement du regard.

A force de réitération des extraits, de démultiplication des boucles du montage, la scène finit en effet par assimiler la rotation du corps de l’athlète à celui d’un disque vinyle tournant sur une platine ou la pointe de son patin à un diamant courant dans un miscrosillon. De ce basculement que l’esprit opère très rapidement entre l’image de la danseuse et ce champ métaphorique que soutient la linéarité de la bande sonore, le système que le montage engage entre le corps et son reflet propose un commentaire. L’image se désincarne pour en appeler une autre tout en gardant avec la première un lien ténu à travers le point d’accroche que tend à figurer l’extrémité de la lame en mouvement. Un phénomène d’usure du sens est ainsi mis à l’œuvre, comparable à celui que créerait l’utilisation excessive d’un disque vinyle, invitant la pensée à dévier avant que, prisonnière de cette logique, elle ne dérape à travers une série de sautes.

Le titre de l’œuvre déplace toutefois cette approche. Emprunté aux paroles imaginées par Mack Gordon pour Chattanooga Tchoo Tchoo, il assimile le numéro de la patineuse à l’engagement d’un dialogue que la logique du montage fait tourner en rond. Devenant insistant en raison de la répétition des figures et presque subversif par la posture artificiellement adoptée par Sonja Henie, il semble proposer un manège de séduction mis à mal et manquant de prise apportant un éclairage ironique sur la chanson.

Cette lecture du montage, qui convoque les enjeux sexuels largement déployés dans la série Ice, impose Pardon me, boy comme un pendant de Play it again., Contrairement à ce dernier, l’image de la séductrice n’y est plus mise à mal par le processus même de son indécision mais par celle de son partenaire. A moins que Pardon me boy ne constitue une sorte de revers malheureux du premier montage qui, au même titre que Coming out, peut être interprété comme l’expression d’une exaltation amoureuse consécutive au succès de l’approche de l’être aimé.

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