Dragon's Kiss

2012


Dragon's Kiss - photogramme




Vidéo-concert en collaboration avec Olivier Innocenti et Jean-Pierre Pancrazi
ou installation vidéo pour double projection.
Deux boucles vidéo de 100 minutes environ.






L’installation se déploie autour d’une scène de complicité entre une jeune femme et une fillette, incarnées par Gene Tierney et Connie Marshall dans Dragonwyck (Le Château du dragon, 1946) de Joseph L. Mankiewicz. Projetée sur un écran suspendu, au ralenti, elle se rapproche par sa composition de certaines scènes de Vierge à l’Enfant de la Renaissance italienne et plus particulièrement de la Madonna Greca de Giovanni Bellini.

Le montage est régulièrement affecté par une série de surimpressions exécutées à partir d’autres extraits du film de Mankiewicz. Il fait face à un autre montage de même durée présentant Liz Taylor dans Suddenly Last Summer (Soudain l’été dernier, Mankiewicz, 1959) et soumis au même type de traitement esthétique projeté sur un second écran, pareillement suspendu dans l’espace d’exposition.

Les personnages filmiques semblent réagir aux changements qu’entraînent les surimpressions. Effrayée comme le serait un Enfant Jésus qui prendrait conscience autour de lui du carcan pictural qui le retient captif ou des signes de la Passion qu’introduisent traditionnellement autour de lui les peintres de la Renaissance dans les scènes de Vierge à l’Enfant, la fillette représentée cherche par moments un réconfort en se blottissant contre la jeune femme qui se tient à ses côtés. Elle s’apaise toutefois rapidement sous l’influence des paroles de sa compagne, elle-même visiblement partagée entre différents registres d’émotions.

Présenté face au montage de Dragonwyck, le visage de Liz Taylor tend à réagir aux métamorphoses déployées sur le premier écran et notamment à l’évocation d’un baiser que Vincent Price (qui fait alors une incursion dans le montage) vient déposer sur la joue de Gene Tierney. Référence au baiser de Judas, il tend à provoquer l’affolement de l’actrice et précipite chez elle un cri muet.

Les expressions de Liz Taylor sur le second écran alimentent d’autres registres de lecture qui engagent des échanges complexes entre les différentes figures et acteurs en présence. On sait que les complications dues à une rubéole contractée auprès d’une admiratrice malade, pourtant sommée par ses médecins de garder la quarantaine, entraînèrent Gene Tierney à mettre au monde une enfant mentalement attardée à laquelle elle donna le prénom de Daria. Cet handicap laissa la jeune mère totalement démunie et fit naître chez elle un sentiment profond de culpabilité – une fois qu’elle eut placée sa fille dans une institution spécialisée – qui participa à la déstabilisation mentale de l’actrice. Ce n’est que plusieurs années après la naissance de Daria que l’actrice apprit l’origine du drame par la bouche même de la personne qui l’avait provoqué, se vantant ouvertement auprès d’elle d’être venue la voir malgré sa maladie, ignorant tout des implications de sa désobéissance. Agatha Christie échafauda à partir de cet incident une intrigue policière, The Mirror Crack’d (Le Miroir se brisa, 1962) à laquelle fait référence très directement l’installation. La présence de l’enfant dans le montage complète l’allusion au roman et oriente clairement l’approche de l’oeuvre vers une lecture plus biographique.

C’est Liz Taylor qui interprétait le rôle de la mère dans l’adaptation cinématographique du roman d’Agatha Christie réalisé par Guy Hamilton en 1980. Sa présence en face de Gene Tierney permet dans l’installation de conforter l’allusion au drame en transposant le moment de révélation pour l’actrice de l’origine de sa maladie. Elle permet de même de commenter les implications dans la vie de Gene Tierney de cet épisode à travers le traitement préconisé pour traiter le personnage joué par Liz Taylor dans Suddenly Last Summer, accusé dans le film par sa tante de folie et menacé de subir une lobotomie.

Il est à noter que dans le roman d’Agatha Christie, la prise de conscience de l’actrice est favorisée par la présence dans le décor d’une reproduction d’une Vierge à l’Enfant de Giovanni Bellini. Or, celle que choisira de faire figurer Guy Hamilton dans son film entretient des rapports assez marqués avec la scène de Dragonwyck.



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