Sunday Night

2010


Sunday night - photogramme




Boucle vidéo de 15 mn 15.






Le montage de Sunday Night est élaboré à partir d’une séquence emblématique de Saturday Night fever. Constitué d’une boucle de15 mn 15 structurée à partir de deux plans du film, il présente le personnage interprété par John Travolta se déhancher sur la piste d’un night-club encerclé par une foule d’admirateurs.

A travers le saut chronologique qu’il suggère par rapport à celui du film de 1977, le titre du montage, plus que tout autre œuvre de la série, incite le spectateur à extraire le numéro de danse de son contexte historique pour porter sur lui un regard contemporain. Il l’invite à mesurer les échos que le manège de l’acteur suscite chez lui face aux modes de comportement actuels de nos sociétés occidentales.

Si, comme celui de Gene Kelly dans Keep dancin’,- le numéro de John Travolta est caractérisé de bout en bout par un rythme soutenu, le danseur n’en demeure pas moins isolé sur la piste, comme incapable d’attirer vers lui un partenaire. Malgré l’affichage d’une sexualité un brin provocatrice aux résonances renforcées par les effets d’accélération du montage (où John Travolta ferait figure d’étalon en référence au titre de la série), aucune personne ne vient prendre place à ses côtés sur le dance-floor. Reportés sur la bande sonore du montage, quelques commentaires admiratifs, eux-mêmes accélérés pour la circonstance, contribuent d’ailleurs à pointer cet état de fait. Après avoir souligné son agilité et son expérience, ils se détachent progressivement du danseur et de la virtuosité de sa performance pour aborder des questions plus prosaïques en le laissant s’épuiser sur la piste, comme si de rien n’était. Une certaine désinvolture et indifférence se manifestent dans ce détachement, comme si le public du dancing était incapable de fixer longtemps son attention sur un même objet.

Face au rythme du montage, la bande sonore pointe ainsi certaines ambivalences de nos sociétés de consommation. Il ne manque pas de dénoncer les travers d’un monde en constante accélération qui prise la performance dans un contexte où l’exploit semble concurrencé aussi vite qu’il est atteint et retient de moins en moins longtemps l’attention. S’expriment parallèlement les dérives d’une société toujours plus avide de loisirs et de divertissements et, à travers la forte expressivité de la danse de John Travolta, les conséquences d’un papillonnage sexuel et affectif toujours à la recherche de nouveauté.

Se porte également ici, comme dans plusieurs des œuvres de la série, un regard sur certains des enjeux de la production artistique contemporaine. Calibrée pour répondre aux modes de perception forgés par la télévision et les consoles de jeux vidéo, misant de plus en plus sur le spectaculaire pour attirer l’attention des publics, l’œuvre d’art se doit aujourd’hui d’engager une forme de séduction immédiate sur le spectateur pour atteindre ses objectifs commerciaux. Malgré les ressorts humoristiques qu’introduisent les jeux d’accélération réalisés à la fois au niveau de l’image et de la bande son, ces derniers sont, dans Sunday night ironiquement mis en échec si on en croît la nature des commentaires relayés hors-champ redoublant ceux présumés des spectateurs face à l’œuvre, au moment où elle est exposée.



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